Réglementation du chauffage d'un logement
11 septembre 2026 8 min de lecture
Deux textes fixent la température d’un logement français, et ils ne disent pas la même chose. Le code de la construction demande que les équipements puissent maintenir 18 °C au centre des pièces. Le code de l’énergie plafonne le chauffage à 19 °C en moyenne. Un degré sépare l’obligation du plafond. Et le premier des deux ne vaut que pour les logements dont le permis de construire a été déposé après le 1er juin 2001, précision que presque personne n’ajoute en le citant.
Le reste se comporte pareil : des règles précises et datées, dispersées dans quatre codes qu’aucun propriétaire n’a de raison de lire ensemble.
Ce que la réglementation encadre, et ce qu’elle vous laisse
Quatre choses tombent sous le coup d’un texte national : l’appareil, son entretien, la température, l’étiquette du diagnostic. Deux autres dépendent de votre commune.
Le reste vous appartient. Aucun texte ne vous oblige à remplacer une chaudière qui fonctionne, ni ne vous dicte une marque ou un budget. Et la date d’allumage du chauffage collectif, que beaucoup croient réglementée, sort du règlement de copropriété, jamais du droit.
| L’obligation | Qui elle vise | Depuis ou à partir de |
|---|---|---|
| 300 g de CO2/kWh sur l’appareil posé | tout le monde, neuf et remplacement | 01/07/2022 |
| Entretien annuel et ramonage | l’occupant, le syndic en collectif | 01/10/2023 |
| Étiquette G interdite à la location | le bailleur | 01/01/2025 |
| Individualisation des frais | copropriété au-dessus de 80 kWh/m²/an | 25/10/2020 |
| Thermostat et robinets thermostatiques | logements existants | 01/01/2030 |
| Foyer ouvert au bois | selon l’arrêté préfectoral | variable |
Le plafond de 300 grammes de CO2 décide de l’appareil que vous posez
Depuis le 1er juillet 2022, tout équipement de chauffage ou de production d’eau chaude installé dans un bâtiment doit émettre moins de 300 grammes de CO2 par kilowattheure PCI. Le texte est l’article R. 171-13 du code de la construction et de l’habitation, issu du décret du 5 janvier 2022.
Quatre mots font tout le travail : « y compris en remplacement d’un équipement existant ». La contrainte ne se limite pas au neuf. Elle vous rattrape le jour où votre générateur lâche.
Le fioul domestique tourne autour de 324 grammes, le charbon bien plus haut : les deux sont hors jeu. Le gaz naturel passe sous la barre, ce qui explique qu’une chaudière gaz puisse encore en remplacer une autre quand une chaudière fioul ne le peut plus. Votre cuve tient tant que l’appareil tient, entretien et réparation compris : le devenir de la cuve ne se pose qu’au moment du changement.
Deux dérogations existent, justifiées par une note qu’un professionnel rédige et que vous gardez toute la vie de l’appareil : l’impossibilité technique liée à une servitude, ou l’absence de gaz et de réseau de chaleur quand l’électricité du quartier ne suit pas. Ce point pèse dans le chiffrage du chantier.
L’entretien et le ramonage ont changé de code en octobre 2023
Avant, le ramonage relevait du règlement sanitaire départemental : une centaine de textes, autant de fréquences, et des ramoneurs qui n’annonçaient pas la même règle d’un département à l’autre. Le décret du 20 juillet 2023 a fait remonter le sujet au code de la santé publique, articles R. 1331-14 et suivants, applicable partout depuis le 1er octobre 2023.
Un conduit desservant un appareil individuel se ramone tous les 12 mois. Un conduit collectif, tous les 6 mois, dont une fois pendant la période de chauffe ; le collectif alimenté au seul gaz reste à 12 mois. L’opération revient à une personne qualifiée professionnellement, qui remet une attestation dans les 15 jours ouvrés. Elle mentionne la vacuité du conduit sur toute sa longueur, et se garde 2 ans.
Gardez-la : c’est le papier que l’assureur réclame après un feu de cheminée. L’entretien annuel de l’appareil, obligatoire pour les chaudières de 4 à 400 kW, suit un calendrier distinct. En location, ces deux gestes reviennent au locataire au titre des réparations locatives, sauf clause contraire du bail ; le détail appareil par appareil tient dans la page réglages et entretien.
18 °C exigibles, 19 °C en moyenne à ne pas dépasser
Le décret du 30 janvier 2002 sur la décence n’écrit nulle part « 18 °C » : il exige une installation permettant un chauffage normal, adaptée au logement. Le chiffre vient de l’article R. 171-11 du code de la construction, et son article suivant en limite la portée aux permis déposés après le 1er juin 2001. Pour un immeuble des années soixante-dix, un locataire qui a froid s’appuie donc sur la décence, pas sur le degré.
Dans l’autre sens, l’article R. 241-26 du code de l’énergie fixe la limite supérieure à 19 °C en moyenne pour les locaux d’habitation. En période d’inoccupation, elle descend à 16 °C entre 24 et 48 heures d’absence, puis à 8 °C au-delà. Le seuil monte à 22 °C dans les logements qui accueillent des soins, des personnes âgées ou de jeunes enfants.
Cette limite haute s’adresse à l’exploitant d’une installation. Elle mord vraiment sur le chauffage collectif, où le syndic répond du réglage. En individuel, elle sert de repère économique : l’ADEME chiffre à 7 % de consommation chaque degré supplémentaire, et la courbe de chauffe est le bon endroit pour agir.
L’étiquette du diagnostic commande ce que vous pouvez louer
Cette règle-là juge le résultat obtenu plutôt que l’équipement posé. Un logement classé G ne peut plus faire l’objet d’un nouveau bail, d’un renouvellement ni d’une reconduction tacite depuis le 1er janvier 2025. Les F basculent au 1er janvier 2028, les E au 1er janvier 2034. Le gel des loyers, lui, frappe les F et les G depuis le 24 août 2022 : ni révision annuelle, ni réévaluation entre deux locataires.
Un bail en cours n’est pas rompu : c’est la sortie du locataire qui déclenche le blocage, et beaucoup de bailleurs le découvrent au pire moment. Le calendrier précis par étiquette et la définition de la passoire thermique se regardent tant qu’il reste du temps pour faire les travaux.
À isolation identique, le mode de chauffage pèse lourd dans ce classement : passer d’un vieux convecteur électrique à une pompe à chaleur fait bouger la lettre autant que plusieurs postes d’isolation.
Le chauffage au bois se règle par arrêté préfectoral
Aucune loi nationale n’interdit le bois. Les restrictions se posent zone par zone, par les plans de protection de l’atmosphère, et visent presque toujours le même appareil : le foyer ouvert, dont le rendement plafonne autour de 10 % et qui émet le plus de particules fines.
Les 41 communes du plan de la vallée de l’Arve l’interdisent depuis le 1er janvier 2022. La métropole de Lyon a suivi au 1er avril 2023, 174 communes de l’Isère au 1er janvier 2026, la métropole européenne de Lille au 1er novembre 2026. Inserts, foyers fermés et poêles ne sont pas concernés par ces arrêtés.
Renseignez-vous donc auprès de la préfecture avant d’acheter un appareil ou de rallumer une cheminée héritée avec la maison. Les échéances nationales qui visent les appareils sont traitées à part, dans les règles applicables au bois en 2027.
Le raccordement au réseau de chaleur, quand la commune l’impose
Un réseau de chaleur assez vertueux est classé automatiquement : l’arrêté du 3 décembre 2024 en recense 617. Dans le périmètre de développement prioritaire, un bâtiment neuf, ou le remplacement d’une installation de plus de 30 kW, doit s’y raccorder. Le seuil écarte la maison individuelle et vise les immeubles.
Quatre motifs ouvrent une dérogation, demandée à la commune : incompatibilité technique, délai de raccordement trop long, solution renouvelable plus vertueuse que le réseau, coût manifestement disproportionné. Le portail public France Chaleur Urbaine dit adresse par adresse si l’obligation s’applique, et l’amende encourue monte à 300 000 euros.
En copropriété, trois obligations qui ne se décident pas chez vous
L’individualisation des frais de chauffage vise les immeubles à installation centrale consommant plus de 80 kWh par mètre carré et par an, depuis le 25 octobre 2020 ; en dessous de ce seuil, ou quand elle coûterait plus cher que les économies attendues, la copropriété en est dispensée. Les compteurs devront être relevables à distance au 1er janvier 2027, et le défaut expose à 1 500 euros d’amende par logement et par an.
La régulation pièce par pièce, elle, a changé de calendrier en cours de route. Le décret du 7 juin 2023 imposait un thermostat programmable et des robinets thermostatiques au 1er janvier 2027 pour tout le monde. Le décret du 26 décembre 2025 a repoussé l’échéance au 1er janvier 2030 pour les bâtiments existants ; le neuf reste à 2027. Un thermostat programmable simple suffit, comme le rappelle le service public : le connecté relève du confort, pas de la conformité.
Le calorifugeage des réseaux en parties communes suit le même report. Chacune de ces trois obligations passe par un vote, ce qui explique qu’une copropriété mette trois ans à faire ce qu’une maison règle en un après-midi.
Par où commencer
Prenez le problème par votre situation. Si vous changez d’appareil, le plafond de 300 grammes, l’obligation éventuelle de raccordement et l’arrêté bois de votre secteur se vérifient avant le premier devis : ils décident de ce que l’installateur a le droit de vous vendre. Un bailleur, lui, part de l’étiquette du diagnostic, qui conditionne le droit de signer. Et en copropriété, rien ne se règle sans un vote.
Un conseiller France Rénov’ répond gratuitement à ces trois questions et connaît l’arrêté préfectoral de votre commune. Le passage par ce guichet public conditionne plusieurs dispositifs, et la carte des aides mobilisables se lit mieux ensuite.