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Aide au chauffage : qui verse quoi, à quelles conditions

17 septembre 2026 13 min de lecture

Une chemise cartonnée ouverte sur une table en bois, deux liasses de papier et un stylo posés à l'intérieur
Une chemise cartonnée ouverte sur une table en bois, deux liasses de papier et un stylo posés à l'intérieur

Quatre travaux et une prestation. C’est tout ce que MaPrimeRénov’ finance geste par geste en métropole : la pompe à chaleur air/eau, la pompe à chaleur géothermique, le raccordement à un réseau de chaleur, la dépose d’une cuve à fioul et l’audit énergétique. Le poêle à granulés n’y figure plus. La chaudière à bûches non plus, ni le chauffe-eau thermodynamique.

Ces équipements restent aidés. Ils ont changé de payeur, voilà tout. Trois guichets financent le remplacement d’un chauffage en France, ils n’ont ni les mêmes règles ni le même calendrier, et savoir lequel paie quoi évite de signer un devis qui n’ouvrira droit à rien.

Trois payeurs, et ils ne financent pas les mêmes équipements

L’État paie par l’Agence nationale de l’habitat. C’est de l’argent public : conditions de revenus, dossier en ligne, décision avant travaux, virement après. L’accusé de réception ne vaut d’ailleurs pas accord. L’Anah décide au vu de l’intérêt du projet, et dans la limite du budget d’engagement voté pour l’année.

Les fournisseurs d’énergie, eux, ne paient pas par générosité. La loi les oblige à acheter des économies d’énergie, et les certificats en sont la monnaie. D’où la forme de leurs primes : versées en déduction de facture, par virement ou en bons d’achat, sans condition de ressources, et seulement bonifiées pour les ménages modestes.

Reste la collectivité. Une métropole, une communauté de communes, un département. Le motif lui appartient, c’est presque toujours la qualité de l’air, et l’aide s’arrête net à la limite du territoire.

Un poêle à granulés posé hors d’un territoire Fonds Air Bois ne mobilise qu’un seul de ces guichets, celui des fournisseurs d’énergie. Une pompe à chaleur air/eau chez un ménage modeste les mobilise tous.

Ce que MaPrimeRénov’ finance encore, geste par geste

Le parcours par geste s’adresse au propriétaire occupant comme au propriétaire bailleur, pour une résidence principale. Le logement doit avoir quinze ans, sauf pour une pompe à chaleur air/eau, une pompe à chaleur géothermique ou un raccordement à un réseau de chaleur : dans ces trois cas, deux ans suffisent.

Les revenus retenus sont ceux de l’ensemble des occupants, revenu fiscal de référence de l’année N-1, donc les revenus 2025 pour une demande déposée en 2026. Quand le logement est loué, ce sont ceux du bailleur qui comptent. Quatre catégories existent, du bleu au rose ; en métropole, la catégorie rose ne donne droit à rien dans ce parcours. Un ménage aux ressources supérieures qui pose une pompe à chaleur ne touche pas un euro de l’Anah.

Geste financé en métropoleTrès modesteModesteIntermédiaireDépense retenue
PAC géothermique11 000 €9 000 €6 000 €18 000 €
PAC air/eau5 000 €4 000 €3 000 €12 000 €
Raccordement réseau de chaleur1 200 €800 €400 €1 800 €
Dépose d’une cuve à fioul1 200 €800 €400 €4 000 €
Audit énergétique500 €400 €300 €800 €

La colonne de droite est un plafond de dépense, pas un prix : au-delà, la part supplémentaire ne compte plus dans le calcul. Une pompe à chaleur air/eau facturée 16 000 euros donne la même prime qu’une facturée 12 000. Le retrait de la cuve se demande dans le même dossier.

Le bailleur prend deux engagements de plus : louer le logement six ans au minimum, et informer son locataire des travaux financés. S’il réévalue le loyer après coup, il doit déduire le montant de la prime du coût des travaux qui justifie cette hausse.

Une deuxième prime reste possible sur le même logement dans les cinq ans, à condition que la première ait été versée et que le cumul des deux ne dépasse pas 20 000 euros. Une avance peut être demandée, dans la limite de la moitié de la prime prévisionnelle. Les barèmes et la liste des pièces à joindre sont publiés sur service-public.gouv.fr.

La rénovation d’ampleur paie plus, et se demande autrement

L’autre parcours de l’Anah vise les logements classés E, F ou G, et exige un gain de deux classes au diagnostic de performance énergétique, avec au moins deux postes d’isolation traités. Le chauffage n’y est qu’un poste sur six, à côté des murs, de la toiture, des planchers bas, des menuiseries et de la ventilation.

Le rendez-vous avec un conseiller France Rénov’ ouvre ce parcours, et il est obligatoire : sans l’attestation de contact remise en fin d’entretien, le dossier ne se dépose pas. Vient ensuite Mon Accompagnateur Rénov’, dont la prestation est prise en charge de 100 à 20 % selon les revenus, dans la limite de 2 000 euros, ou 4 000 pour un logement indigne. Un rendez-vous France Rénov’ se prépare avec son dernier avis d’imposition sous la main.

L’aide se calcule en taux de prise en charge sur le montant hors taxes : 80 % pour un ménage très modeste, 60 % pour un modeste, 45 % pour un intermédiaire, 10 % au-dessus. Le plafond de dépenses est de 30 000 euros pour un gain de deux classes, 40 000 pour trois classes ou plus. Un écrêtement s’applique ensuite au total de toutes les aides perçues, calculé cette fois sur le coût toutes taxes comprises : 100 % pour un ménage très modeste, 90 % pour un modeste, 80 % pour un intermédiaire, 50 % au-dessus. Sauf dans la première catégorie, il reste toujours quelque chose à payer.

Dans ce parcours, vous n’avez aucune démarche à faire auprès d’un fournisseur d’énergie. L’Anah demande les certificats d’économies d’énergie à votre place et les intègre au calcul. Aller chercher une prime CEE en parallèle ne rapporte donc rien de plus.

Depuis le 1er septembre 2026, la rénovation d’ampleur ne finance plus une maison individuelle qui garde un chauffage au gaz après travaux, ni une pompe à chaleur avec appoint fossile.

Les fournisseurs d’énergie paient sur charte, pas sur barème

La prime « Coup de pouce chauffage » finance le remplacement d’une chaudière au gaz, au charbon ou au fioul par une chaudière biomasse, une pompe à chaleur air/eau, une pompe à chaleur eau/eau, un système solaire combiné ou un raccordement au réseau de chaleur. Elle couvre aussi le remplacement d’un appareil indépendant au charbon par un appareil au bois.

Elle s’ouvre aux propriétaires comme aux locataires, dans un logement de plus de deux ans, le locataire devant obtenir l’accord du propriétaire. Résidence principale, sauf pour la chaudière biomasse et l’appareil au bois remplaçant du charbon, admis en résidence secondaire.

Depuis le 1er janvier 2026, les montants forfaitaires des anciennes chartes ne s’appliquent plus. La prime dépend du volume de certificats délivrés, d’un coefficient de bonification propre à l’opération et de vos revenus. Deux signataires ne vous proposeront donc pas la même somme pour le même chantier, ce qui rend la comparaison des offres beaucoup moins facultative qu’avant. Les tableaux de montants fixes qui circulent encore datent d’un régime qui n’existe plus.

Les revenus, ici, sont ceux de l’année N-2, soit 2024 pour une demande faite en 2026. Ce n’est pas l’année que regarde l’Anah. Un ménage dont les revenus ont changé récemment peut donc être modeste pour un guichet et pas pour l’autre.

Deux resserrages datent du 1er septembre 2026 : la prime ne vaut plus que pour les pompes à chaleur inscrites sur la liste des modèles agréés fixée par l’arrêté du 2 juillet 2026, et le système solaire combiné suppose désormais une décarbonation complète du chauffage et de l’eau chaude après travaux. La liste des modèles agréés se vérifie avant de choisir sa machine, pas après ; les caractéristiques annoncées sur un devis ne disent rien de cette inscription.

Les demandes se ferment le 1er octobre 2027 pour un appareil indépendant au bois, le 31 décembre 2030 pour les autres opérations. Le détail des chartes est publié par economie.gouv.fr.

Le chauffage au bois dépend maintenant surtout des collectivités

Un poêle à granulés, un insert, une chaudière à bûches : plus rien du côté de l’Anah en métropole. Restent les certificats d’économies d’énergie classiques, qui financent toujours l’appareil indépendant au bois, et une aide locale dont l’existence dépend entièrement de votre adresse.

Le Fonds Air Bois est versé par une collectivité, parfois avec le soutien de l’Ademe, sur les territoires où les particules fines dépassent les valeurs limites et où le chauffage au bois y contribue nettement. Trente-deux collectivités le proposent aujourd’hui, et dix-neuf d’entre elles sont en Auvergne-Rhône-Alpes. Les montants vont de 500 euros dans les plus petites intercommunalités à 4 000 euros à Bordeaux Métropole, selon le projet et les ressources.

Sa condition porte sur ce que vous enlevez. Il faut déposer une cheminée ouverte, quel que soit son âge, ou un foyer fermé, un poêle, une cuisinière ou une chaudière installés avant 2002. Un appareil de 2005 en état de marche ne donne droit à rien, même s’il pollue. Le nouveau doit porter le label Flamme verte ou figurer au registre des appareils équivalents tenu par l’Ademe. La liste des collectivités et des montants est tenue à jour par l’Ademe.

L’ordre des démarches décide du droit à l’aide

C’est là que les dossiers se perdent, et rarement sur un critère de revenus.

Côté fournisseur d’énergie, l’offre du signataire de la charte doit être acceptée avant la signature du devis. Un devis signé le matin et une prime demandée l’après-midi, c’est une prime perdue. Le devis se signe et se date à la main. Il ne doit pas mentionner d’acompte versé avant la signature du contrat avec le signataire, mention qui est interdite. Et la facture doit nommer explicitement la dépose de l’ancien équipement, l’énergie qu’il consommait et son type.

Côté Anah, la chronologie est différente et tout aussi stricte : le devis se demande, se vérifie, mais ne se signe qu’après la confirmation d’attribution de la prime. Les travaux ne commencent qu’après l’accusé de réception, sauf danger avéré pour la santé ou catastrophe naturelle. Quand la qualification RGE est requise, l’installateur doit avoir visité le chantier au préalable, et la date de cette visite figure sur le devis comme sur la facture.

Chez un fournisseur d'énergie

  1. Comparer les offres des signataires de la charte
  2. Accepter l'offre choisie
  3. Signer et dater le devis à la main
  4. Faire les travaux
  5. Renvoyer la facture au signataire

Chez l'Anah

  1. Faire établir le devis, sans le signer
  2. Déposer la demande en ligne
  3. Attendre l'accusé de réception
  4. Signer le devis, puis faire les travaux
  5. Transmettre les justificatifs, recevoir le virement

Les délais courent ensuite : deux ans pour achever les travaux en parcours par geste, trois ans en rénovation d’ampleur, un an seulement si vous avez perçu une avance.

Ce qui ressemble à une aide au chauffage sans en être une

Le chèque énergie arrive chaque printemps chez près de quatre millions et demi de foyers, entre 48 et 277 euros en 2026. Il paie des factures d’électricité, de gaz, de bois ou de fioul. Il ne paie plus de travaux : la loi de finances pour 2025, publiée le 15 février 2025, a supprimé cet usage. Seuls les « chèques travaux » émis avant cette date restent valables jusqu’à leur expiration. Beaucoup de pages le présentent encore comme un moyen de régler une partie d’un chantier de chauffage.

La TVA à 5,5 % n’est pas une prime non plus. C’est un taux que l’artisan applique lui-même sur le matériel et la pose, sans démarche de votre part.

L’éco-prêt à taux zéro est un prêt, pas une subvention : il se rembourse, sur vingt ans au plus. Il s’obtient sans condition de ressources, dans un logement de plus de deux ans, avec une entreprise RGE, et son montant dépend du nombre d’actions engagées, jusqu’à 50 000 euros pour une rénovation globale. La banque décide, comme pour n’importe quel crédit, en fonction de votre endettement.

Ces trois dispositifs allègent la facture, chacun à sa manière. Aucun ne remplace un guichet, et un plan de financement bâti dessus laisse le reste à trouver.

Par où commencer quand rien n’est encore engagé

Sortez votre avis d’imposition et appelez France Rénov’ au 0 808 800 700. Le service est gratuit, il ne vend rien, et il vous dira dans quelle catégorie de revenus vous tombez. Le reste en découle.

Notez au passage vos deux revenus fiscaux de référence, celui de 2025 et celui de 2024. Le premier détermine votre droit chez l’Anah, le second votre bonification chez les fournisseurs d’énergie.

Vérifiez ensuite que l’équipement visé figure encore quelque part, avant de faire venir des installateurs. Cet ordre coûte cher quand on l’inverse : trois devis pour un poêle, puis la découverte que l’aide attendue a disparu du barème.

Votre intercommunalité, pour finir. Une prime locale ne se trouve dans aucun comparateur national, et les travaux qui accompagnent le remplacement entrent parfois dans son périmètre alors qu’ils sortent de celui de l’Anah.