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Loi d'eau et courbe de chauffe : le réglage du régulateur que presque personne ne touche

2 novembre 2026 8 min de lecture

Sonde de température extérieure fixée sur un mur crépi, par temps froid
Sonde de température extérieure fixée sur un mur crépi, par temps froid

Sur beaucoup d’installations, la courbe de chauffe est réglée trop haut, et personne n’y gagne. L’eau part à 60 °C quand 45 suffiraient, les robinets thermostatiques ferment pour compenser, le salon reste exactement à la même température, et seule la facture change.

Descendre cette courbe se fait au menu du régulateur, sur deux valeurs, sans outil. Vous saurez à la fin les lire, dans quel sens les bouger, et à quoi vous verrez que c’est réglé.

Avant de toucher quoi que ce soit : la sonde extérieure décide de tout

La loi d’eau tient en une phrase : c’est la règle qui dit quelle température d’eau envoyer dans les tuyaux selon ce qu’il fait dehors. À -7 °C, l’eau part à 55. À 12 °C, elle part à 32. Sans mesure de la température extérieure, la règle n’a pas d’entrée et le régulateur retombe sur une consigne fixe, celle que quelqu’un a posée un soir de janvier et qui n’a plus bougé depuis.

Beaucoup de chaudières murales posées ces quinze dernières années savent piloter une loi d’eau, mais la sonde n’a jamais été installée : elle figurait en option sur le devis, et personne n’a insisté. Ouvrez le menu du régulateur et cherchez la ligne qui affiche la température extérieure. Un chiffre plausible, comparable à ce que dit votre thermomètre de jardin ? La sonde est là et elle lit. Un tiret, ou une valeur figée à 20 depuis trois jours ? Il faut d’abord la faire poser : un boîtier vissé sur la façade nord, deux fils jusqu’à la chaudière, une heure de main-d’œuvre.

Une pompe à chaleur air-eau, elle, mesure forcément l’air extérieur puisqu’elle le brasse. Sa loi d’eau tourne dès la mise en service, souvent sur la courbe d’usine, calée large pour qu’aucun client ne rappelle en se plaignant du froid.

Lire la pente et le décalage réglés dans votre régulateur

Deux valeurs suffisent à décrire la courbe, et elles ne font pas le même travail.

La pente dit de combien la température de départ monte quand la température extérieure descend d’un degré. Pente 1,5 : il fait 10 °C de moins dehors, l’eau part 15 degrés plus chaud. Selon la marque, elle s’appelle pente, coefficient, courbe ou kt.

Le décalage monte ou descend toute la courbe du même nombre de degrés, sans changer son inclinaison. Il porte aussi les noms de parallèle, translation ou offset. Il agit autant au redoux qu’au plus froid de l’hiver, là où la pente ne se fait sentir qu’aux extrêmes.

Les deux vivent dans le menu chauffage, souvent derrière un niveau installateur qui s’ouvre par un appui long ou par un code à quatre chiffres imprimé dans la notice. Notez-les sur un papier avec la date avant d’y toucher : c’est ce qui vous permettra de revenir en arrière si l’hiver tourne mal.

Ce que votre réglage devrait donner dépend surtout de ce qui chauffe vos pièces, pour une température extérieure de base de -7 °C.

ÉmetteursDépart à -7 °CPenteRetourLa chaudière condense
Plancher chauffant30 à 35 °C0,4 à 0,625 à 30 °Coui, largement
Radiateurs basse température45 à 50 °C0,9 à 1,238 à 42 °Coui
Radiateurs acier récents55 à 60 °C1,3 à 1,645 à 50 °Coui, en partie
Fonte ancienne conservée65 à 75 °C1,7 à 2,158 à 65 °Cnon

Votre pente de départ



Corriger la pente : le réglage se juge par grand froid

La pente ne se juge que quand il fait froid, parce que c’est là qu’elle produit son effet. Un réglage validé un après-midi de novembre à 12 °C ne dit rien de ce qui se passera en février.

Attendez donc une journée franchement froide, ouvrez tous les robinets thermostatiques en grand pour qu’ils cessent de masquer le problème, et laissez tourner. Le logement n’atteint pas sa consigne ? La pente est trop basse : montez-la de 0,1. Il fait trop chaud et les têtes se mettent à fermer d’elles-mêmes ? Descendez-la de 0,1.

Un seul paramètre à la fois, et 24 à 48 heures avant de rejuger. Les murs, les meubles et les chapes stockent de la chaleur : une modification faite le matin ne se lit dans la pièce qu’en fin de journée. Sur un plancher chauffant, comptez une bonne demi-journée pour la seule dalle, ce qui explique au passage pourquoi la coupure de nuit y rapporte si peu.

Comptez deux ou trois semaines de vrai hiver pour y arriver. Le réglage se paie une fois et tient des années, tant que les émetteurs et l’isolation ne bougent pas.

Corriger le décalage : le réglage se juge au redoux

Le décalage se règle à l’autre bout de la saison, entre 8 et 14 °C dehors. C’est le moment où la plupart des installations surchauffent : la chaudière produit une eau trop chaude pour des besoins devenus faibles, et les fenêtres s’ouvrent pour évacuer le surplus.

Chaque point de décalage déplace la température de départ d’un degré, à toutes les températures extérieures. Bougez par pas de 2 ou 3, et observez sur deux journées comparables, pas sur une matinée ensoleillée suivie d’une nuit de pluie.

Le sens de la correction se lit dans ce que vous constatez, à condition de noter en même temps la température qu’il faisait dehors.

Ce que vous constatezDehorsLe geste
trop froid, têtes ouvertes à fondsous 0 °Cpente +0,1
trop chaud, têtes qui ferment seulessous 0 °Cpente -0,1
trop froid en journée douce8 à 14 °Cdécalage +2
trop chaud, on ouvre les fenêtres8 à 14 °Cdécalage -2
trop froid par tous les tempstoute la saisondécalage, pas pente

Le piège : une courbe trop haute empêche votre chaudière de condenser

Sur une chaudière gaz récente, la courbe décide d’autre chose que du confort, et cette chose-là ne se sent nulle part dans les pièces.

Une chaudière à condensation ne récupère de la chaleur supplémentaire qu’en refroidissant ses fumées sous leur point de rosée, situé à 59 °C pour le gaz naturel selon le dossier technique de Cegibat, le service technique de GRDF. Ce refroidissement, c’est l’eau de retour du circuit qui l’assure. Retour à 40 °C, les fumées condensent abondamment. Retour à 60, elles ne condensent plus du tout.

Or le retour dépend du départ, donc de votre courbe. Une loi d’eau qui envoie 70 °C par grand froid ramène une eau autour de 58 à 62 selon les débits : la chaudière à condensation travaille alors comme une chaudière basse température ordinaire, et les points de rendement pour lesquels elle a été choisie, parfois subventionnée, restent dans le conduit.

Le cas se rencontre surtout sur les remplacements à l’identique, quand la chaudière neuve hérite du réglage de l’ancienne et de radiateurs en fonte dimensionnés pour 80 °C. Quand ces radiateurs sont vraiment trop petits pour tenir le logement sous 60 °C de départ, la question devient celle de leur remplacement, pas celle du régulateur.

Vérifier que le réglage tient : trois relevés et rien d’autre

Vous saurez que c’est réglé sans demander à personne, et sans attendre la facture.

Regardez d’abord la température de départ que le régulateur affiche un jour de gel. Elle doit rester sous le maximum admis par vos émetteurs : 35 à 40 °C pour un plancher chauffant, 50 à 55 pour des radiateurs basse température, 65 à 70 pour de la fonte ancienne. Une valeur qui plafonne au maximum de la chaudière dès le premier gel signale une courbe encore trop raide.

Regardez ensuite la position des têtes thermostatiques. Une installation dont la courbe est juste les laisse travailler autour de 3, en modulant un peu. Des têtes qui butent toutes en position 5 sans que le logement se réchauffe accusent la pente. Des têtes qui ferment sans arrêt, ou des pièces où l’on a fini par tout baisser à 1, accusent la courbe dans l’autre sens.

Regardez enfin l’écart entre départ et retour, quand l’écran l’affiche. Comptez 10 à 15 degrés d’écart sur un circuit de radiateurs, 5 à 7 sur un plancher chauffant. Un écart qui se resserre à 3 ou 4 degrés indique une eau envoyée bien plus chaude que nécessaire : elle revient presque intacte parce que les émetteurs n’ont rien à en faire.

Ces trois relevés prennent dix minutes, un jour de vrai froid. Ils valent mieux qu’une comparaison de factures, qui mélange la météo, le prix du kilowattheure et vos habitudes. Reste ce qu’aucune courbe ne rattrape : un circuit jamais équilibré enverra la même eau à tous les radiateurs, et la pièce du fond restera froide pendant que celle du haut cuira, quel que soit le nombre que vous inscrivez dans le régulateur.